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Dissertation Sur Lagriculture Durable Definition

Introduction

Les réserves mondiales de pétrole seront quasiment épuisées vers 2050, celles d'uranium vers la fin du siècle, les gaz à effets de serre commencent à faire sentir leurs effets sur le réchauffement climatique. L'activité économique est aujourd'hui une menace pour l'équilibre naturel de la planète. La recherche de la croissance économique a des conséquences visibles, pour certaines prévisibles, sur l'environnement écologique et sur les conditions de vie des habitants actuels de la Terre dont certains vivent dans l'extrême pauvreté, mais aussi, à plus long terme, sur celles des générations futures.
Après avoir rappelé, dans une première partie, en quoi la croissance économique peut entrer en contradiction avec les exigences d'une stratégie de développement durable, nous examinerons, dans une deuxième partie, les conditions économiques et politiques qui permettraient d'inscrire la croissance économique dans le cadre d'un développement préservant les chances du futur.

I. Croissance économique et développement durable : des éléments de contradiction

1. Le concept de développement durable
La notion de développement durable est apparue en 1987 dans le rapport Brundtland et elle semble, dans une première approche, entrer en contradiction, au moins partielle, avec la recherche d'une croissance économique soutenue.
Le développement durable peut se définir comme le mode de développement qui permet de répondre aux besoins essentiels des êtres humains d'aujourd'hui, notamment des plus démunis, sans compromettre la possibilité pour les générations futures de faire face à leurs propres besoins.
Cette définition assez large a, depuis son apparition, été précisée : elle fait référence, d'une part, à la question de l'épuisement des ressources naturelles et, d'autre part, à la dégradation de l'environnement à laquelle l'activité humaine donne lieu. Sur ces deux points, les exigences du développement durable entrent en collision avec nos modes de production et de consommation, avec notre modèle de croissance.

2. La question des ressources naturelles
La question de la disponibilité des ressources naturelles suppose qu'on distingue les ressources non renouvelables et les ressources renouvelables. L'épuisement des ressources non renouvelables (énergies fossiles, minerais…) en prive définitivement les générations futures et exige que peu à peu, nous apprenions à nous en passer. À plus ou moins long terme, par exemple, les réserves de pétrole sont vouées à l'épuisement. Si les évaluations de la date des échéances varient, c'est en raison du fait que les prix de ces ressources ont une influence sur les quantités mobilisables : si les prix de l'énergie augmentent durablement, certains gisements deviennent rentables, et « l'échéance fatale » en est reculée d'autant. Cependant, les prévisions les plus optimistes tablent aujourd'hui sur un demi-siècle pour le pétrole, moins d'un siècle pour le gaz naturel et l'uranium.
Les ressources renouvelables (forêts,réserves de poissons,eau) posent, elles, la question du rapport entre leur rythme d'exploitation et celui de leur reconstitution, donc la question de la gestion du stock de la ressource. Dans le domaine de la pêche, par exemple, certaines espèces sont aujourd'hui « protégées » par une limitation des captures.

3. Les atteintes à l'environnement
La prise en compte des dégradations de l'environnement est aussi une des dimensions majeures du développement durable. L'activité humaine, par exemple la production industrielle, l'agriculture productiviste des pays développés et émergents ou l'urbanisation, donne lieu à des rejets dans l'environnement qui polluent l'air, les sols, les cours d'eau, les espaces maritimes. Ainsi, les rejets chimiques, les pluies acides, les poussières urbaines, les fumées industrielles soumettent le « capital naturel » à des contraintes qui dépassent souvent le seuil de tolérance et de régénération de ces espaces.
Par ailleurs, les modes de production standardisés utilisant les ressources des biotechnologies constituent, dans le règne animal et végétal, une menace pour la biodiversité. Des centaines d'espèces animales et végétales sont menacées de disparition et la perte de cette richesse biologique représente, pour les générations futures, un préjudice à la fois écologique, sanitaire et culturel.
Enfin, la question du réchauffement climatique est devenue, pour la majorité des scientifiques comme pour l'opinion publique, un des enjeux majeurs de notre avenir. Les émissions de gaz à effet de serre, en particulier de CO2, commencent à avoir des effets perceptibles qui risquent de prendre une ampleur catastrophique : désertification de certaines zones, fonte des glaciers terrestres, montée du niveau des océans et inondation des bandes côtières (document 1). Le processus semble déjà en partie irréversible et devrait bouleverser les équilibres écologiques et humains dans de nombreuses régions du monde, conduisant des millions d'hommes à devoir migrer des zones menacées vers des terres d'accueil. On imagine sans peine les bouleversements politiques que de tels mouvements de population risquent d'engendrer.
Le bilan qui vient d'être dressé est sans appel : le mode de croissance que le monde a adopté est devenu « insoutenable » à long terme, d'autant que, pour l'instant, seule une partie minoritaire de l'humanité en a profité.
« L'empreinte écologique » (surface utilisée par un individu pour subvenir à ses besoins en résorbant la pollution qui en résulte) est aujourd'hui de 2,3 ha par être humain. Elle dépasse largement celle qui correspondrait au développement durable (1,9 ha). Mais elle atteint 9,6 ha aux États-Unis, alors qu'elle n'est que de 1,4 ha dans les pays en développement. Les besoins des pays du Sud étant loin d'être couverts de manière satisfaisante, on peut comprendre que la préoccupation écologique leur apparaisse comme un luxe de pays riches (document 6).

II. Refonder la croissance dans le cadre du développement durable

La solution est donc d'inscrire la croissance économique dans une stratégie de développement durable. Diverses voies s'ouvrent et le choix entre elles n'est évidemment pas idéologiquement neutre. On peut imaginer des réponses sur le terrain économique en faisant confiance au marché et à l'innovation. Mais l'intervention politique de la puissance publique semble également nécessaire pour faire face à l'urgence de l'enjeu.

1. Les instruments économiques
Le progrès technique peut en effet apporter sa pierre à la résolution des problèmes. Sous l'effet des innovations dans les modes de production, par exemple, la consommation d'énergie par unité de valeur ajoutée produite (intensité énergétique) a diminué dans des proportions sensibles en France (document 5).
Sur 10 ans (1996-2006), l'intensité énergétique a baissé de 25 % environ. L'accroissement de la production (+ 30 %) s'est réalisé avec une légère diminution de la consommation d'énergie (− 5 %). Dans le domaine des transports, les progrès sur les « moteurs propres » permettent une baisse de la consommation de carburant et des rejets polluants. Dans le domaine des énergies renouvelables, les cas de l'Autriche et de la Suède (document 3) prouvent que les technologies progressent. L'utilisation de techniques agronomiques moins agressives, issues de la recherche, commence à se vulgariser.
L'idéal, mais c'est encore un vœu pieux, serait que les pays émergents (Chine, Inde, Brésil) bénéficient sans délai de ces technologies. Ces transferts leur feraient franchir rapidement des étapes vers des modes de production plus écologiques et limiteraient l'impact de leur croissance rapide sur l'environnement. Cela supposerait une coopération internationale pour l'instant irréaliste (documents 4 et 6).
L'autre instrument économique est ce que les économistes appellent « l'internalisation des externalités négatives » (document 2). En clair, il s'agit d'intégrer dans le calcul économique de l'entreprise le coût des conséquences externes négatives que son activité génère. Cela suppose d'attribuer un « coût » à la pollution, à la gestion des déchets, à l'épuisement des ressources, et de faire entrer ce coût (auparavant non pris en compte) dans les charges de l'entreprise. Cela l'amène à chercher à réduire ces externalités. Les éco-taxes, les droits limités d'émission de CO2, font partie de ces instruments qui peuvent aussi s'appliquer au consommateur et se transformer en incitations positives (primes écologiques pour certains modèles automobiles ou pour les panneaux solaires, etc.).

2. La nécessaire intervention de la puissance publique
Ces pratiques, qui intègrent les préoccupations du développement durable au calcul économique, ne peuvent évidemment exister que par l'intervention de la puissance publique.
L'État, garant de l'intérêt collectif, doit en effet pallier les insuffisances du marché, qui, laissé à lui-même, n'est pas capable de concilier les intérêts économiques privés et la préservation de l'environnement collectif. Il peut articuler son action autour de deux axes, la contrainte réglementaire et l'incitation/ dissuasion. Des mesures d'interdiction de l'usage de certaines substances ont été prises ces dernières années (amiante, mercure, plomb…), accompagnées d'un système de sanctions financières ou pénales. Des pénalisations financières viennent rendre coûteuses certaines pratiques polluantes. La question cruciale est, sur un marché donné, de soumettre à ces contraintes l'ensemble des partenaires, y compris ceux qui ne relèvent pas de la souveraineté des États régulateurs. De ce point de vue, la vigilance à l'égard des pratiques productives de certains pays émergents reste indispensable.
À la suite du protocole de Kyoto, la logique de l'incitation/ dissuasion a conduit certains États à instaurer une « taxe-carbone » sur les énergies fossiles dans le but de limiter les émissions de CO2 (document 4), mais une telle mesure n'a évidemment de sens que si elle est adoptée de manière suffisamment large pour ne pas créer de distorsions de concurrence. On voit donc combien la nécessaire intervention publique doit s'inscrire dans le cadre des contraintes du marché.

Conclusion

La difficulté de concilier croissance économique et développement durable s'exprime chaque jour un peu plus. Cela conduit certains courants de pensée à prôner la décroissance. Cette situation rend urgente une prise de conscience à l'échelle planétaire. La nécessité d'une transformation radicale de notre rapport à l'environnement et de nos modes de consommation et de production peut conduire à l'optimisme ou au pessimisme, selon qu'on regarde le chemin parcouru ou celui qui reste à faire. L'impulsion doit venir de la sphère publique, dans la coopération des États, mais les comportements privés ont aussi à prendre en charge une partie importante de cette révolution.

Pour qui arrive de Paris après une brève escale à Bamako, à Niamey ou à Lomé, ce qui impressionne, dès le débarquement à Abidjan, c’est moins la césure existant entre une Europe nantie et l’ensemble des pays sous-développés que le fossé qui ne cesse de se créer, en Afrique même, entre Etats riches et pays démunis.

Le budget de la Côte-d’Ivoire a déjà dépassé le chiffre de 100 millions de francs CFA, chiffre dix fois plus important que celui du budget de pays comme le Niger ou le Togo. Cette prospérité, que d’aucuns s’obstinent depuis dix ans à affirmer fragile, s’explique non seulement par l’esprit d’entreprise qui règne a Abidjan, mais par l’essor continu de productions agricoles que le gouvernement ivoirien s’est appliqué à diversifier.

En 1970, pour 70% la population ivoirienne reste composée de ruraux, et l’on estime que ces derniers constitueront encore 60% de la population en 1980. Selon les statistiques les plus récentes — celles de 1969, — l’agriculture contribue pour plus de 32% à la formation de la production intérieure brute et pour plus de 90% dans les ressources d’exportation. D’autre part, de 1960 à 1969, la valeur la production agricole est passée de 61 milliards de francs CFA à 106 milliards.

Les experts les plus sérieux estiment par ailleurs que c’est au développement de l’agriculture qu’est imputable la croissance d’autres secteurs de l’économie ivoirienne. En effet, l’industrie, dont la progression est spectaculaire, s’est en grande partie développée grâce à la transformation de produits comme le coton, l’huile de palme ou les bois tropicaux.

Enfin, les revenus distribués aux paysans en paiement du café, du cacao et du coton représentent des sommes considérables : plus de 42 milliards de francs CFA, pour ces trois seuls produits, au titre de la campagne 1969-1970.

Un des jeunes membres de l’équipe gouvernementale ivoirienne nous affirmait récemment : «Depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, nous n’avons pas cessé de lancer de nouvelles productions. D’autre part, comme on ne prend au sérieux sur les marchés internationaux que les gros producteurs, nous avons considérablement augmenté nos tonnages...» Et, citant l’exemple d’Israël et celui du Japon, «pays pratiquement privés de ressources naturelles importantes», d’ajouter : «La victoire sur le sous-développement est essentiellement liée à la mise en œuvre d’une bonne politique...»

Ainsi, alors qu’en 1960 seuls le café et les bois exotiques fournissaient d’importantes recettes d’exportation, le cacao, les bananes, les ananas, le coton, le coprah, l’huile de palme et le latex témoignent d’une expansion spectaculaire. D’autre part, l’extension des cultures vivrières — riz et légumes — permet de substantielles économies de devises à un pays qui possède déjà de solides réserves en dollars.

C’est le palmier à huile que les autorités ivoiriennes considèrent comme «le fer de lance de la diversification». L’Institut de recherches sur les huiles et oléagineux (I.R.H.O.) a sélectionné des plantes et créé de nouvelles espèces. Une société d’Etat, la SODEPALM, et ses deux filiales PALMIVOIRE et PALMINDUSTRIE ont été chargées d’exécuter un programme mis en œuvre par les trois ministères du plan, des finances et de l’agriculture dont les trois titulaires sont respectivement MM. Diawarra, Konan Bedie et Sawadogo. Avec l’aide de fonds provenant notamment de la BIRD, de la Caisse centrale de coopération économique, du Fonds européen de Bruxelles (FED) et avec le concours du gouvernement, des résultats spectaculaires ont déjà été obtenus : une production exportable de 150 000 tonnes d’huile de palme, et de 38 000 tonnes de palmistes, un chiffre d’affaires de 9 milliards de francs C.F.A., une masse salariale de 1 milliard 300 millions, la distribution de revenus à 5 300 petits planteurs, etc.

Un autre oléagineux a été l’objet d’une attention particulière : le coprah. Plus de 7 000 hectares de cocoteraies ont été plantées au cours des dernières années, laissant prévoir un supplément de récolte équivalent à 20 000 tonnes de coprah.

La production d’ananas a pratiquement décuplé entre 1960 et 1970 (de 12 000 à 110 000 tonnes) et les exportations d’ananas frais sont passées de moins de 2 000 tonnes à plus de 13 000 tonnes.

De même, au cours de la même période, les exportations de bananes ont doublé.

Discrets sur leurs projets, les Ivoiriens poussent activement divers projets intéressant la culture des agrumes et celle des avocats.

Simultanément, la plantation d’hévéas au moment où le pays accédait à la souveraineté internationale laisse espérer une production ivoirienne de 20 000 tonnes de latex dans le courant des prochaines années.

Le coton, dont l’extension des superficies permet d’envisager la mise en valeur des savanes du nord du pays, procure un revenu à 47 000 petits planteurs. Cette situation nouvelle devrait entraîner la suppression de «la sorte de Dixieland line constituée par la forêt» et promouvoir toutes les régions septentrionales, longtemps restées à l’écart du «miracle économique» ivoirien.

C’est dans la même zone que se développent les rizières, dont la production a doublé en dix ans, dépassant 300 000 tonnes de paddy en 1969.

L’apparition de ressources nouvelles n’a pas fait négliger pour autant les productions traditionnelles : café, cacao et bois. On estime que près de 2 millions de personnes vivent de l’exploitation caféière et que les exportations de café (200 000 tonnes) constituent la principale source de devises étrangères de la Côte-d’ivoire.

La récolte de cacao a doublé en dix ans. Elle a atteint 200 000 tonnes en 1969-1970.

Quant aux bois, ils auraient, pour la première fois en 1969, ravi la première place au café pour les rentrées de devises, le secteur forestier employant 15 000 personnes et participant, à lui seul, pour 10% à la fiscalité ivoirienne.

Les objectifs du gouvernement ivoirien en matière de développement agricole restent ambitieux : maintenir un taux élevé d’expansion du secteur rural, développer la production alimentaire, poursuivre le programme de développement des cultures industrielles et en créer de nouvelles, protéger l’environnement.

D’autre part, ce que souhaitent ardemment tous les dirigeants ivoiriens, décidés à asseoir l’indépendance économique de leur pays et à renforcer l’unité nationale, c’est faire en sorte, selon l’heureuse expression de l’un d’entre eux, qu’ «aucune région ne soit épargnée par le développement».

C’est dans cet esprit que sont simultanément poursuivis les efforts de mise en valeur du Sud — palmier à huile et cacao, — du Nord — coton, riz, kenaff, canne à sucre, — du Centre où la construction du barrage hydro-électrique de Kossou est en cours, du Sud-Ouest, «le Far-West ivoirien» où le port de San-Pedro doit devenir la deuxième porte océane de la Côte-d’Ivoire.

Il existe d’ailleurs six commissions régionales dans les six grandes régions du pays, et, parallèlement à l’expansion agricole, divers projets d’industrialisation intéressant les grandes villes du pays sont en cours. Ils intéressent les deux ports d’Abidjan et de San-Pedro et les quatre agglomérations de Ferkessedougou, Bouake, Dimbokro et Agboville.

Enfin, la Côte-d’Ivoire, «qui constitue un modèle de développement sans ressources minières», se tourne à nouveau vers les ressources de son sous-sol. Après la fermeture de la mine de manganèse de Grand-Lahou, il est question de mettre en exploitation, avec l’aide d’une société américaine, le gisement de fer de Bangolo. Situé près de Man, il recèlerait près d’un demi-million de tonnes de réserves d’un minerai titrant à 40-45% qui pourrait être évacué par San-Pedro.

Dès lors, on comprend les aspects spectaculaires d’une expansion dont Abidjan constitue la vitrine. La capitale ivoirienne prend en effet de plus en plus une allure de «petit Manhattan», impression accentuée depuis la récente inauguration du building de la Caisse de stabilisation des produits agricoles, immeuble le plus élevé du pays et dont la construction aurait, dit-on, coûté plus de 3 milliards de francs C.F.A.

Certes, on reproche à l’ «establishment» local d’absorber la part la plus importante des revenus. Du moins doit-on porter à son actif un important programme de réalisations sociales, notamment dans le domaine de l’habitat à bon marché qui figure au budget pour 1 milliard 500 millions de francs C.F.A. C’est une des nombreuses réalités dont il faut tenir compte, même s’il est exaspérant que l’un des restaurants du plus grand hôtel d’Abidjan propose au menu le steak «double forestier» (1/2 kilo) (sic) au prix de 3 500 francs C.F.A., soit à peu près l’équivalent de la moitié du SMIG ivoirien.